Le système nerveux et son fonctionnement restent bien flous pour la plupart d’entre nous. Pourtant, saviez-vous que nous sommes tous équipés d’une sorte de super-pouvoir encore méconnu ? Il s’agit de la neuroception. Dans cet article, nous allons découvrir comment ce mécanisme subtil façonne notre réaction au stress et peut nous entraîner vers le burn-out ou au contraire, vers l’apaisement. Nous verrons comment l’utiliser à notre avantage pour renforcer notre bien-être au quotidien. C’est parti !

Définir la neuroception

Le terme neuroception est la contraction des mots « neurologique » et « perception ». C’est un des concepts piliers de la théorie polyvagale. À tout instant, notre cerveau reçoit des informations grâce à nos cinq sens et les traite pour ainsi dire instantanément. Ces indications nous servent en premier lieu à savoir si nous nous trouvons dans un environnement sûr ou au contraire, s’il y a danger pour notre vie. C’est un processus qui se passe de manière généralement inconsciente et qui va influencer notre réponse physique et émotionnelle. La neuroception d’un danger est perçue par rapport à l’environnement interne et externe.

À l’époque des premiers hommes, il s’agissait plus de survivre que de vivre. Notre cerveau s’est adapté en ce sens. Un bruit de troupeau suspect qui se déplace, un prédateur en approche, une baie toxique étaient les principales sources de danger de nos ancêtres. La reproduction était également à l’ordre du jour au même titre que la vie en communauté et l’alimentation. Le fonctionnement de nos réponses face à du stress ou à une situation de sécurité n’a pas réellement changé depuis cette époque.

Il est intéressant de se pencher sur la neuroception (et surtout, comment l’influencer) aujourd’hui puisque justement, notre « radar » à danger semble s’être un peu déréglé. Dans le cadre d’un burn-out, il s’emballe carrément. D’où l’intérêt d’étudier et de prendre conscience des mécanismes qui influencent nos circuits d’hormones du stress ou au contraire, de bien-être.

Découvrir la théorie polyvagale

La théorie polyvagale est conceptualisée depuis les années 70 par Stephen Porges, un professeur en psychiatrie américain. Cette théorie part du principe que la régulation neurale du cœur est reliée à la régulation affective et émotionnelle par le biais des expressions faciales, de la voix et des interactions sociales. Elle s’appuie sur le fait que le contrôle neural du cœur est connecté d’un point de vue anatomique, au cerveau, à une grande partie du cou et à notre intestin par l’intermédiaire du nerf pneumogastrique, aussi appelé le nerf vague.

Cette théorie décrit 3 phases du développement du système nerveux autonome. Ces 3 grandes stratégies comportementales adaptatives sont soutenues par 3 circuits distincts qui impliquent le système nerveux autonome, donc celui qu’on ne contrôle pas. Ces réponses nerveuses sont schématisées sous forme d’échelle. Voyons ces trois étapes, de la pire à la meilleure des configurations :

L’immobilisation

Le corps s’arrête et « fait le mort ». Les actions qui dépendent de la branche la plus ancienne du nerf vague sont bloquées. Nous partageons cette particularité avec presque tous les vertébrés.

Lutte ou fuite

Quand nous sommes soumis à un stress important, notre cerveau se met en mode « fight or flight » pour protéger notre vie. Cette réponse est dépendante du système nerveux sympathique. Du sang bien oxygéné est envoyé massivement à nos muscles ; notre cœur et notre cerveau pour nous permettre de nous battre ou de nous enfuir si besoin.

L’interaction sociale

Ce troisième pôle du nerf vague gère les expressions faciales, les intonations et l’écoute. Il prend son origine dans le système nerveux autonome. Il va favoriser les états de calme en réduisant l’influence du système nerveux sympathique sur le cœur.

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Selon la théorie polyvagale et la notion de neuroception, nos comportements sociaux sont limités par la physiologie humaine. Lorsque nous sommes dans la peur, nous dépendons des circuits neuraux qui ont mis en place des comportements défensifs. Ces mécanismes physiologiques réflexes orchestrent notre mise en mouvement ou à l’inverse, nous stoppent. Et cela, avant même que nous en soyons conscients ! Cependant, si la neuroception nous informe que le contexte est sûr et que les personnes présentes sont dignes de confiance, alors ces mécanismes de défense se désactivent automatiquement pour favoriser l’engagement social et l’attachement.

Comprendre nos réponses comportementales

Le rôle de la neuroception est donc d’activer des comportements prosociaux (donc en faveur de la vie en communauté) ou au contraire, des comportements défensifs (pour sauver notre peau), et cela se joue souvent avant même que nous ayons conscience de ce qui est en train de se passer. On pourrait relier ce phénomène à notre 6e sens. Un peu comme quand vous ne sentez pas telle personne, ou que vous avez un mauvais pressentiment, mais que vous ne pouvez pas vraiment l’expliquer.

La neuroception n’est pas quelque chose que l’on apprend, c’est un phénomène qui est inné chez les mammifères. Par exemple, un enfant va apprécier être dans les bras de sa mère, mais va ressentir le même geste comme une menace lorsqu’il vient de la part d’une personne qu’il ne côtoie pas souvent.

La réponse prosociale

Quand elle active les circuits prosociaux, la neuroception va permettre de :

  • nous détendre ;
  • socialiser ;
  • effectuer des rapprochements avec nos semblables ;
  • jouer, sourire, rire.

La réponse défensive

Au contraire, si ce sont les mécanismes de défense face à une menace qui sont activés, c’est alors le stress qui va entrer en jeu, et avec lui les réponses classiques de lutte ou fuite. À ce moment-là, nous ne sommes plus capables d’interagir de manière « normale » et détendue avec nos semblables puisque c’est la survie qui compte plus que tout. On va assister à :

  • une hausse du rythme cardiaque ;
  • une baisse du tonus des muscles du visage (on cache nos expressions pour « couper » le contact social) ;
  • une perception de la voix humaine affaiblie ;
  • une sensibilité aux gestes sociaux diminuée.

Le cas particulier de la réponse d’immobilisation

L’immobilisation peut être de deux types : défensive ou prosociale.

L’arrêt défensif

L’une des réponses à un stress intense peut-être tout simplement l’immobilisation. C’est le cas par exemple lors d’une dépression. On va faire le mort et attendre que la situation soit perçue comme moins dangereuse pour recommencer à vivre. D’un point de vue corporel, on assiste donc à :

  • une inhibition de l’action ;
  • une perte de tonus musculaire ;
  • des variations physiologiques en baisse ;
  • un ralentissement du rythme cardiaque ;
  • un ralentissement de la respiration ;
  • une baisse de la tension artérielle ;
  • un ralentissement de notre métabolisme ;
  • une baisse de notre libido ;
  • une augmentation du seuil de perception de la douleur.

L’arrêt social

Nous ne nous mettons pas seulement au ralenti lorsque nous sommes en danger. En fait, cette diminution de l’activité est également observée lors d’interactions sociales, notamment celles qui favorisent la production d’ocytocine, l’une des hormones du bien-être. Celle-ci est relâchée au moment des repas, de l’accouchement, de l’allaitement, mais aussi des rapports sexuels. Donc clairement, des activités où nous sommes en contact très rapprochés avec les autres et où nous sommes relativement immobiles. Ces comportements répondent à nos besoins d’intimité sociale et l’ocytocine rend possible cette immobilisation sans peur en bloquant les comportements d’arrêts défensifs.

Mais ce n’est pas si simple ! Si notre cerveau perçoit tout de même une menace dont nous-mêmes n’avons pas conscience, alors le contact physique ne sera pas possible, car la seule inhibition des systèmes de défense n’est pas suffisante pour créer des liens sociaux. Hé oui, nous avons aussi besoin de nous sentir en confiance. Pour cela, notre cerveau analyse, comme je l’ai dit plus tôt, les contacts visuels, l’intonation de la voix, et les expressions faciales.

Faire la différence entre environnement sûr ou non

Le cerveau doit donc basculer de manière efficace d’une posture de protection à une stratégie de socialisation. Pour cela, le système nerveux agit en deux temps :

  1. D’abord, il évalue le risque grâce à la neuroception ;
  2. Ensuite, si le contexte est sûr, il va inhiber les réactions de défense (attaque, fuite ou immobilisation).
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Comment fait-il la différence entre une situation sûre et un contexte à risque ? Certaines aires spécifiques du cerveau captent et évaluent entre autres les attitudes corporelles de nos semblables, les mouvements de leur visage et le ton de leur voix. C’est cet ensemble qui contribue à créer une sensation de sécurité et de confiance. Si la neuroception identifie une personne comme sûre, les aires cérébrales à l’origine des stratégies de défense vont être inhibées. A contrario, quand une situation est perçue comme dangereuse, ce même circuit va activer des comportements d’agression ou de retrait.

Utiliser la neuroception pour éviter le burn-out ou la dépression

Si nous sommes conscients de ces mécanismes, il devient alors plus facile pour nous d’agir sur eux et de les utiliser à notre avantage. La neuroception nous offre un potentiel remarquable pour renforcer notre résilience face au stress et à l’anxiété. En comprenant comment ce processus subtil influence nos réactions au stress et à la menace, nous pouvons développer des stratégies pratiques pour réguler nos émotions et renforcer notre bien-être. Nous pouvons réorienter notre neuroception vers des signaux de sécurité. Pour cela, il existe différents moyens de stimuler son nerf vague. En voici quelques exemples.

Parler à un proche

Si vous êtes tout en bas de l’échelle des réponses neurales, à savoir dans la position d’immobilisation, parler ou simplement passer du temps avec une personne de confiance dans le confort de votre intérieur, ou dans tout autre environnement que vous jugez sûr ne pourra qu’activer les circuits qui gèrent le bien-être et la détente.

Chanter sous la douche

Ou dans un tout autre endroit, à vous de voir ! Adopter une intonation joyeuse et mobiliser les muscles du visage (en souriant bien sûr 😉) va favoriser l’activation de la branche responsable de la socialisation. Choisissez en priorité votre chanson joyeuse ou motivante préférée et donnez-vous-en à cœur joie ! Moi j’aime particulièrement les hits des années 90’s, ça me met tout de suite de bonne humeur !

Partager un bon repas

L’alimentation joue un rôle important dans le processus de socialisation. Les repas sont généralement un temps où l’on se retrouve en famille et où tout le monde échange sur sa journée. C’est toujours mieux si vous pouvez éviter de manger devant la télé pour favoriser la discussion. Si vous n’avez pas envie de cuisiner, faites-vous plaisir et faites-vous livrer votre repas préféré !

La neuroception, en bref

Notre cerveau évalue en permanence les signaux de sécurité et de menace dans notre environnement, influençant nos réponses physiques et émotionnelles. La neuroception est la perception de ces indices internes et externes qui nous sert à déterminer si notre environnement est sûr ou potentiellement dangereux. C’est un concept au cœur de la théorie polyvagale. Selon cette théorie, notre système nerveux réagit de manière autonome selon 3 circuits différents :

  • l’immobilisation ;
  • la lutte ou la fuite ;
  • l’interaction sociale.

Le système nerveux autonome gère ces phases et influence nos comportements dits prosociaux ou défensifs. Ces réponses sont directement liées à nos instincts de survie. Le cerveau est capable d’inhiber nos réactions de défense en cas de sécurité pour nous permettre de socialiser correctement. La neuroception offre un potentiel certain pour renforcer notre résilience face au stress. En comprenant son influence sur nos réactions sous la menace, nous pouvons réguler nos émotions. Nous avons le pouvoir de réorienter notre neuroception vers des signaux de sécurité en utilisant des moyens comme :

  • discuter avec un ami dans un endroit sécurisé ;
  • chanter ;
  • partager un repas.

Connaissiez-vous les mécanismes de votre système nerveux qui influencent vos réponses au stress ? Comment envisagez-vous d’appliquer ces concepts pour améliorer votre gestion du stress ? Partagez en commentaires !

À très vite ! 🙏

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